LES FETES SAISONNIERES
Beltaine le portail de la saison claire
Beltaine, ou Belo-Tanos, signifie « Feu Brillant ». Bel est un préfixe qui se réfère aux dieux celtiques Belenos, dont les attributs sont plus ou moins comparables à ceux d’Apollon et qui est une divinité solaire de première importance, et à son épouse Belisama « la Très Brillante », déesse du feu et des forges (tout comme Brigit, ce qui confirme une fois de plus que le panthéon celtique est un vigoureux fouillis).
Belenos
Belisama
Le nom même de cette fête indique donc que Beltaine est placée sous le signe du Feu et de l’épanouissement de la vie.
Cette tradition est encore très vivante en Irlande, ou le nom du mois de mai est Mì na Bealtaine, soit « mois de Beltaine » et en Ecosse où se tient chaque année le Beltane Fire Festival.
L’axe principal de la roue de l’année celtique est celui qui relie Samhain et Beltaine.
Samhain est le portail de la saison sombre, le moment où tout ce qui décroit paisiblement depuis le solstice d’été entre véritablement dans la profondeur, et y reste jusqu’au solstice d’hiver.
Le mouvement inverse se produit à Beltaine : ce qui commençait tout doucement à croître depuis le solstice d’hiver, qui pointait comme un perce-neige à Imbolc et affirmait son expansion au moment d’Ostara, est maintenant en pleine lumière, en pleine floraison, au maximum de sa vigueur.
Cette poussée centrifuge va se poursuivre jusqu’au vertex du solstice d’été avant d’amorcer le mouvement de repli qui ramènera la vie naturelle aux portes de Samhain.
Dans la tradition celtique, cette qualité de « portail » implique que, dans les deux cas, le voile qui sépare le monde des humains de celui des esprits et des fées s’affine et devient momentanément perméable.
Lors de Beltaine, fête de la vie par excellence, cette situation est moins périlleuse et menaçante qu’à Samhain, qui marque la phase de repli et de mort, même si cette dernière n’est que transitoire.
A Beltaine, les visiteurs de l’autre monde sont plutôt les elfes et les fées, qui ne sont cependant pas inoffensifs, et certains rituels campagnards visaient notamment à protéger le lait et divers petits objets de leurs rapines. A l’inverse, les imprudents qui glisseraient par mégarde entre les plis du voile le 1er mai en portent à tout jamais la marque … s’ils ne s’égarent pas de l’autre côté.
La nuit qui précède Beltaine, entre le 30 avril et le premier mai est d’ailleurs la fameuse « nuit de Walpurgis », qui évoque depuis le 19e siècle des essaims de sorcières sur leurs balais. Il s’agit en réalité d’un téléscopage entre la tradition ancienne de perméabilité entre les mondes lors du changement de saison, et de la vénération chrétienne pour Sainte Walburge (710-779), une inoffensive religieuse saxonne dont la fête a été placée le 1er mai dans l’espoir de faire oublier les incursions joyeuses et facilement égrillardes des esprits de la nature au printemps.
« Dans l'ancienne Germanie, on croyait qu'à cette date les divinités païennes du printemps (dieux et déesses de la fécondité) se répandaient dans la nature pour mettre fin à l'hiver. L'Église tenta de discréditer cette fête en transformant les divinités en « diables » et (surtout) en sorcières. De là procède le caractère « magique » et « sulfureux » de la Walpurgisnacht — utilisé et renforcé par de nombreux écrivains, notamment la danse de la nuit de Walpurgis dans le Faust de Goethe ou, à l'époque moderne, dans les œuvres de Gustav Meyrinck, Bram Stoker etc. On la retrouve aussi dans la musique, comme chez Felix Mendelssohn dans « Die erste Walpurgisnacht » Op. 60. » (Wikipedia)
Pas d’inquiétude, donc … Sainte Walburge peut reposer tranquillement dans sa tombe. Il semble en effet tout à fait hors de propos de situer une fête sombre hantée par des sorcières rabougries juste avant Beltaine. Les divinités païennes du printemps sont jeunes et belles, porteuses de vitalité et de sexualité joyeuse, sortez plutôt vos couronnes de fleurs, et laissez les noirs chapeaux pointus dans le placard jusqu’à Samhain….
Les feux de Beltaine
On peut constater que chacune des fêtes celtiques est marquée par des feux de joie et par divers rituels associés aux vertus protectrices et purificatrices du feu.
Il faut se rappeler que ces traditions concernent les pays du centre et du nord de l’Europe, où le climat est assez, voire très humide, et où les hivers étaient très rudes. La condition première de la survie était donc le moyen de se protéger du froid et de l’humidité pendant une bonne moitié de l’année. On comprend sans peine l’importance du feu pour nos ancêtres, de la même manière que l’eau est la clé de la survie dans les régions méridionales exposées à la sécheresse.
Cette constatation explique peut-être le choix a priori étonnant du genre féminin attribué au soleil die Sonne, et du genre masculin de la lune der Mond dans les mythologies et les langues germaniques et scandinaves. Dans la mythologie nordique la déesse-Soleil qui traverse le ciel sur son char se nomme Sòl, et le dieu-Lune se nomme Mani.
Certains érudits avancent l’hypothèse que la déesse-mère a l’origine de toute vie (commune à toutes les cultures) ne peut être que ce qui favorise la vie, non ce qui la menace, et qu’elle correspond donc assez naturellement au soleil dans les zones septentrionales.
Les feux de Beltaine revêtent une importance particulière, notamment en ce qui concerne les rituels de purification.
Comme d’autres feux rituels, ceux de Beltaine étaient allumés, généralement sur des collines, par des druides ou personnages équivalents. Ces feux étaient connus sous le nom de « feux de nécessité », tein’ èiginn en gaélique, et ils étaient obtenus par la friction d’un bâtonnet de bois, après que tous les foyers domestiques aient été éteints.
Les bûchers étaient traditionnellement composés de neuf essences de bois, possédant chacune leurs vertus et leur symbolisme propre. Un ancien texte écossais en cite huit :
«Le saule des rivières, le noisetier des rochers, l’aulne des marais, le bouleau des cascades, le frêne de l’ombre, l’if de la résistance, l’orme de la colline, et le chêne du soleil ». Il n’est pas impossible que la neuvième essence soit l’aubépine, qui, comme nous le verrons plus loin, est l’arbre de mai par excellence.
La tradition spécifique de Beltaine consistait à faire passer les troupeaux entre deux de ces grands feux sacrés, pour les protéger des maladies et des épidémies pendant le reste de l’année. Cette tradition a perduré en France et dans les îles britanniques jusqu’au début du XXe siècle.
Les cendres des feux de Beltaine étaient ensuite répandues sur les champs et le bétail afin de les purifier et de les protéger. Des brandons étaient amenés dans les foyers pour rallumer le feu domestique.
Comme lors de la fête du solstice d’été, il était courant de sauter par-dessus le feu, comme démonstration de vitalité et de courage, mais aussi pour se purifier symboliquement des résidus de l’hiver.
Le mât de mai
Le mât de mai est une autre tradition caractéristique de Beltaine. Un tronc de bouleau était dressé au milieu d’un champ, avec à son sommet une large couronne de fleurs d’où tombaient de nombreux rubans colorés.
Rituellement, des jeunes femmes – dans certaines régions des jeunes femmes et des jeunes hommes- se saisissaient des rubans, et dansaient autour du mât en formant deux cercles qui tournaient dans le sens opposé, de manière à entrelacer les rubans sur toute la longueur du mât.
Le mât symbolise l’énergie du ciel, et les rubans la fertilité de la terre-mère. La danse est destinée à assurer le lien indéfectible qui unit ces deux puissances.
Il s’agit d’un évident symbole phallique tout à fait opportun à Beltaine, dont la signification a dû échapper aux autorités religieuses, car cette tradition s’est perpétuée sans interruption jusqu’à nos jours.
La fête du désir et de l’amour
La fête et la nuit de Beltaine favorisaient les rencontres -voire plus si affinités- entre garçons et filles. C’est donc un moment de l’année favorisant à la fois la compétition et les défis, qui prenaient la forme de jeux rituels entre les jeunes gens, ainsi que les liens et les promesses amoureuses.
Beltaine était une occasion de grande liberté sexuelle, associée aux rituels de fertilité, mais également de création de liens.
A ma connaissance, les mariages n’avaient pas forcément lieu au printemps, mais il est probable que l’arrivée de la belle saison ait favorisé ces rituels, qui comprenaient l’échange d’anneaux, mais aussi le traditionnel handfasting (lien des mains) qui est toujours en usage en Ecosse.
Les plantes de Beltaine
Les plantes ont évidemment la part belle lors de cette fête…..
L’aubépine : arbre des fées
L’aubépine, ou épine blanche, qui fleuri(ssai)t au début mai (ses merveilleuse petites fleurs blanches ont désormais tendance à apparaître un peu plus tôt …) est l’arbre symbolique de Beltaine.
Il était considéré comme l’arbre préféré des fées, et il était fortement déconseillé de s’endormir sous un buisson d’aubépine le premier mai, car on risquait l’enlèvement par les fées. (Par les temps qui courent, je trouve personnellement cette perspective assez tentante ...)
« L’Aubépine se tient souvent au seuil de l’Autre Monde. Dans la ballade de Thomas le Rhymer, le poète écossais est emmené par la reine d’Elfland alors qu’il est assis sous une ancienne épine connue sous le nom d’arbre Eildon. Dans une autre vieille comptine, la Ballade de Sir Cawline, une dame défie le héros d’aller à Eldridge Hill où pousse une aubépine, pour y attendre le roi des fées.
Un rapport d’une promenade de fées du 19ème siècle en Ecosse illustre à quel point cette tradition était répandue des années après que ces ballades aient été écrites : une vieille femme, assise avec une voisine sous une aubépine un soir, entendit des rires bruyants et vit les fées par leur propre lumière surnaturelle. Elle raconte que,
« Un faisceau de lumière dansait sur elles plus belles que le clair de lune : c’était un tout petit peuple avec des écharpes vertes, mais celle qui avançait le plus, et celle-là était beaucoup plus grande que les autres avec de magnifiques cheveux longs, avec une attache qui scintillait comme des étoiles… Marion et moi étions dans un champ de trèfles où elles vinrent vers nous ; une haute haie d’aubépines les empêche de traverser le maïs de Johnnie Corrie, mais elles le chevauchent comme des moineaux et galopent dans un vert connu au-delà ».
En Irlande aussi, les aubépines ont toujours été très respectées en tant qu’arbres féeriques. Elles étaient souvent appelées « buissons doux » d’après la coutume de ne pas nommer les fées directement par respect. Les épines solitaires étaient connues sous le nom d’Arbres de Rendez-Vous des Fées et poussaient fréquemment sur des tumulus et des collines ou à des carrefours, considérés comme l’emplacement préféré des autels païens.
Les aubépines se tiennent souvent au-dessus des puits sacrés, qui sont également des seuils traditionnels de l’au-delà, où les pèlerins les festonnent de rubans, de chiffons et d’autres offrandes votives. Une aubépine sacrée était suspendue au-dessus de la pierre de Saint-Patrick sur une île de la rivière Shannon et remplissait son creux de rosée, qui avait de grands pouvoirs de guérison.
Dans la Grèce antique, son bois était utilisé pour la torche du mariage et les filles portaient des couronnes d’aubépine lors des mariages. Un auteur est même allé jusqu’à suggérer que « l’odeur fade et sucrée de la triméthylamine que contiennent les fleurs les rend évocatrices de sexe ». (Geoffrey Grigson : La Flore de l’Anglais, Phoenix House, 1956)
Tiré de druidry.fr
L’aubépine et le coeur
En phytothérapie énergétique, on considère que le parfum des fleurs d’aubépine parvient directement au cœur et renforce son énergie. L’aubépine soutient ainsi la confiance, l’amour et la compassion.
Dans la description de la teinture-mère d’aubépine, Roger et Hildergarde Kalbermatten (Cerès) écrivent :
“ L’essence de l’aubépine se manifeste à la croisée des chemins entre force accumulée et déchargement impulsif. La congestion et la décongestion créent un rythme rappelant celui des battements du cœur. (…) L’aubépine donne de nouvelles impulsions de vie. Elle laisse le flux des sentiments à nouveau couler en nous, nous confère de la confiance et dissipe ainsi les sensations d’angoisse et de pression d’origine psychique dans la région du cœur ».
En phytothérapie classique, l’aubépine est également utilisée pour renforcer la fonction cardiaque et la circulation sanguine, ainsi que pour calmer les états anxieux et le stress qui causent une oppression dans la région du cœur.
“La belle fille qui, le premier mai
Va aux champs au point du jour
Et se lave dans la rosée de l’aubépine
Restera belle pour toujours”
poème d’origine inconnue
Les fleurs de sureau
Les fleurs blanches et délicatement parfumées du sureau ont également la réputation de favoriser la vision des fées lors de la nuit qui précède Beltaine.
D’autres plantes, comme bien sûr le muguet, la mélisse, les violettes et les roses sont les symboles de la période de Beltaine.
Les couronnes de fleurs et la Belle de Mai
Toutes les célébrations fleuries sont d’anciennes références à la déesse nordique Freya -dont j’ai parlé dans d’autres articles- ainsi qu’à la déesse romaine du printemps, Flora.
La tradition de la Belle de Mai, ou de la Reine de Mai est encore vivace dans de nombreuses régions. Il s’agit la plupart du temps de défilés d’enfants coiffés de couronnes de fleurs, qui suivent l’élection de la Reine – ou du Roi et de la Reine- de Mai.
Dans le canton de Genève, le musicien et fondateur de la rythmique éponyme Emile Jacques-Dalcroze a revivifié ces traditions en composant les divers chants du «Feuillu ».
Cette fête se déroule encore dans plusieurs villages le premier dimanche de mai.
Dans la semaine qui précède, les enfants nettoient et décorent les fontaines du village.
Le dimanche du Feuillu, les enfants portent des couronnes de fleurs et défilent dans le village avec un char portant un « arbre de mai » fait de feuillages. Le cortège s’arrête dans les cours de certaines maisons pour chanter.
Traditionnellement, les enfants recevaient des œufs, qui étaient cuits quelques jours plus tard en forêt par les enfants eux-mêmes. Cette sortie donnait lieu à un « after » assez chaotique, où les chérubins couronnés de fleurs le dimanche précédent avaient enfin la permission de se transformer en démons dévoreurs d’œufs et couverts de la suie des feux allumés pour ce pic-nic mémorable.
Mes enfants gardent un souvenir ravi de la « course aux œufs », et haïssent à tout jamais les couronnes de fleurs qu’on leur posait sur la tête à sept heures du matin, tout juste sorties des bassines d’eau glacée où elles avaient passé la nuit….
Rituels domestiques de Beltaine
Les offrandes de lait et de nourriture
Pour se prémunir des chapardages des fées et des elfes en goguette, il est conseillé de déposer de petites offrandes de lait et de nourriture sur le bord des fenêtres.
Les branches d’aubépine
Les jeunes gens avaient aussi pour habitude de placer des branches d’aubépine au dessus de la porte de la maison de la jeune fille de leur cœur.
Les plats de Beltaine
Beltaine marque le début de la saison estivale, et les aliments caractéristiques de cette période sont les produits laitiers, le miel, l’avoine, les fruits rouges, les salades de jeunes pousses, le vin de mai (vin blanc dans lequel on a fait infuser de l’aspérule odorante) et de grands gâteaux d’avoine ronds. Ce type de nourriture symbolise l’abondance et la fertilité.
Les produits laitiers
Les produits laitiers ont une importance particulière lors des célébrations de Beltaine.
De nombreux rituels comportant des offrandes -de lait- sont destinés à apaiser les Aos Sì (les fées), afin d’éviter qu’elles ne chapardent lait et fromages.
Les biscuits et les pains d’avoine
Les bannocks, les pains traditionnels à l’avoine, sont consommés à Beltaine depuis des siècles. Ces aliments simples et nourrissants étaient souvent cuits à l’extérieur sur des foyers ouverts, dans l’intention de mieux associer cette préparation culinaire aux feux de Beltaine.
Le pain de Beltaine, dont la recette est semblable à celui d’Imbolc, pouvait participer aux rituels de protection : dans ce cas il était composé de neuf boules. Neuf personnes se plaçaient face au feu et l’une après l’autre, détachaient une boule et la jetaient par-dessus leurs épaules à l’intention des esprits, dans le but de protéger le bétail : « celle-ci est pour mes vaches, celle-ci pour mes moutons, etc… » sans oublier les prédateurs : « celle-ci est pour le renard, celle-ci est pour l’aigle, etc… afin qu’ils soient suffisamment rassasiés pour ne pas s’en prendre à mon cheptel ».
Fruits et légumes de saison
Les fruits et légumes de saison occupent une place essentielle dans la cuisine de Beltaine. L’asperge, qui est associée au désir, au sexe et à la fertilité est particulièrement indiquée, ainsi que les fruits rouges.
Le porridge de Beltane
Une bouillie faite d’œufs, de beurre, de farine d’avoine et de lait était préparée pour la fête, et on en versait un peu sur le sol en guise de libation et d’offrande à la terre.
Un bon porridge printanier fait aussi bien l’affaire :
Le porridge de Beltane est une tradition écossaise, il est souvent préparé sous forme de caudle (bouillie d’avoine, lait, miel et épices). Il symbolise la fertilité et la chaleur. Voici une recette simple et riche :
Recette du Porridge de Beltane (Version "Caudle" moderne)
Ingrédients : 40g de flocons d'avoine, 200-250ml de lait (amande ou avoine conseillé), 1/2 banane mûre, 1 poignée de baies, 1 cc de miel ou sirop d'érable, 1 pincée de cannelle, graines et oléagineux.
Préparation :
Dans une casserole, mélanger les flocons d'avoine, la moitié de la banane écrasée et le lait.
Cuire à feu doux pendant 5 à 10 minutes en remuant régulièrement jusqu'à obtenir une texture crémeuse.
Ajouter la cannelle et le sucrant à la fin de la cuisson pour préserver les saveurs.
Servir chaud dans un bol et garnir avec le reste de la banane, les baies, les fruits secs et les graines (symbole de fertilité).
Variante traditionnelle : Certaines traditions utilisent de l'eau à la place du lait ou ajoutent une pincée de sel
Ce petit-déjeuner réconfortant est idéal pour célébrer le renouveau et la lumière.
Les rubans dans les branches
Si vous avez un arbre favori, vous pouvez décorer ses branches de rubans multicolores le jour de Beltaine et les laisser là tout l’été….
Joyeuse Beltaine et désormais .… faites ce qui vous plaît !!