Ostara, ou le réveil de la jeune déesse

 

LA FETE D’OSTARA

Ostara est la fête de l’équinoxe de printemps : le Renouveau

Comme les trois autres fêtes associées aux solstices et aux équinoxes, Ostara est une fête mineure, et elle est particulièrement peu documentée. Son symbolisme nous est cependant très familier, car, ne présentant aucune des inconvenances associées aux autres fêtes, il a été presque intégralement emprunté par la fête chrétienne de Pâques qui, bien que sa date soit variable, correspond approximativement à la période de l’équinoxe de printemps

La fête porte le nom d’une déesse, elle aussi mineure, présente dans le panthéon germanique et anglo-saxon : Ostara ou Eostre. Cette célébration est également connue en terre celte sous le nom d’Alban Eilir : Lumière de la Terre.

 

La déesse est l’incarnation du renouveau, du retour de la végétation, des premières fleurs et des bourgeons.

Si Imbolc marquait les tout premiers signes du retour de la vie après l’obscurité et le froid des mois d’hiver, littéralement la « sortie du ventre », Ostara incarne l’extrême jeunesse et une fertilité encore chaste et juvénile par rapport à Beltaine, la grande fête du premier jour de mai, qui célèbrera quant à elle une fertilité beaucoup plus sensuelle et débridée.


Malgré le peu de références au culte d’Ostara, Bède le Vénérable, un moine historien anglo-saxon du 6e siècle, atteste que ses compatriotes païens célébraient une fête en l’honneur de la déesse au mois d’Eostremonath (le nom ancien du mois d’avril).

Ce personnage, assez peu printanier lui-même, était connu pour sa haine des anciens cultes, il est donc peu probable qu’il ait ait ajouté une fantaisie de son cru au panthéon païen.

Il est assez ironique de penser que ces sont les écrits d’un moine largement oublié qui nous permettent aujourd’hui de continuer à fêter la délicieuse déesse qui lui donnait des aigreurs d’estomac.

 

Ostara/Eostre est à l’origine des termes allemands et anglais qui désignent la fête de Pâques : respectivement Oster et Easter. La racine de ces mots évoque également la direction de l’est dans la plupart des langues du centre et du nord de l’Europe, et il est intéressant de remarquer que dans la tradition chinoise, l’est correspond également au printemps et à la couleur verte du dragon qui est son animal symbolique.

 

 

Le terme latin oestrus est également associé à Eostre, car, encore de nos jours, il qualifie la période des chaleurs chez les mammifères animaux, et de l’ovulation chez les mammifères humaines, et donc évidemment la période de fertilité. Sa signification originelle est cependant différente : oestrus en latin a commencé par signifier « taon », pour évoluer par extension vers : « piqûre », « frénésie », « pulsion irrépressible » et « désir ardent », c’est-à-dire la montée de la sève printanière ….

 

Au XIXe siècle, le chercheur, folkloriste, linguiste et historien Jacob Grimm (oui, l’un des deux frères) a publié un compendium de mythes et légendes germaniques sous le titre Deutsche Mythologie. Grimm y relate qu’Eostre est la déesse de l’aube lumineuse, de la lumière nouvelle du printemps et qu’elle apporte joie et bénédictions. Il décrit différentes activités accomplies au moment de Pâques/équinoxe de printemps qui, selon lui, font partie du culte de la déesse, comme recueillir de la rosée ou l’eau d’un ruisseau et s’en laver le visage et les mains pour conserver jeunesse et beauté. Lors de cette fête, des jeunes femmes vêtues de blanc batifolaient dans la campagne, et la « jeune fille d’Osterrode » apparaissait le matin de Pâques, toute vêtue de blanc elle aussi, avec de nombreuses clés suspendues à sa ceinture, et se rendait au ruisseau pour y remplir un vase d’eau pure. En plus de l’eau, le feu jouait aussi un rôle important pendant ces festivités. Un grand feu était allumé à l’aide d’une loupe ou d’un cristal, et un osterspil, ou « jeu de Pâques »  consistait en une bataille symbolique entre la saison claire et la saison sombre, évidemment remportée par la saison claire. La nourriture servie lors de cette fête faisait également référence à la déesse avec des osterstuopha, des sortes de scones, et des biscuits en forme de croissants de lune appelés ostermane.

 


La fête d’Ostara est donc célébrée en l’honneur d’une toute jeune déesse, couronnée de fleurs et vêtue de blanc, qui gambade dans les prés au milieu des jonquilles, entourée de lapins, de poussins et d’agneaux. Cependant, le retour de la fertilité de la Terre ne saurait se passer d’un jeune dieu, le Nouveau Soleil qui réveille la déesse, ou l’Homme Vert, souvent représenté vêtu de feuillage, et associé au Roi Chêne qui a repris les commandes lors du solstice d’hiver. Lui aussi est plein de vigueur, mais encore très chaste … jusqu’à Beltaine.

 

 

LES ANIMAUX D’OSTARA

L’animal le plus fréquemment associé à cette déesse du printemps est le lièvre. On dit en effet couramment « fou comme un lièvre de mars » car au printemps ils s’adonnent à des parades nuptiales qui évoquent des combats de boxe et s’engagent dans des poursuites folles (apparemment les femelles ne sont pas toujours immédiatement consentantes …).

 

Une autre raison repose sur la notoire fertilité des lièvres et des lapins, qui en font un excellent symbole de cette époque de l’année.

Par ailleurs, le lièvre est un animal associé à la lune dans la culture chinoise, mais il est également un symbole lunaire chez nous, en raison de son lien avec la fertilité.

 

LES ŒUFS

Les œufs sont également un puissant symbole de fertilité. Le mois de mars est d’ailleurs le moment de l’année où les poules recommencent à pondre davantage. Dans de nombreuses cultures l’œuf est aussi un symbole de vie, de naissance et de renaissance.

 

 

 

LES LAPINS PONDENT-ILS DES ŒUFS ?

 

La légende veut qu’Ostara ait un jour guéri un oiseau mortellement blessé en lui redonnant – pour des raisons qui nous échappent – l’aspect d’un lièvre. Cependant, la transformation n’était pas tout à fait complète, et l’oiseau devenu lièvre continua à pondre des œufs.

Hormis le fait que les lièvres et les œufs participent à l’arsenal symbolique du printemps, il semble plus probable que le lien provienne d’une confusion en matière d’habitat : en effet, les lièvres dorment souvent dans des structures d’herbes et de petites branches qui ressemblent aux nids des vanneaux, et il est possible que les œufs des vanneaux aient été à l’origine de l’idée selon laquelle ce sont les lapins de Pâques qui pondent les œufs avant d’aller les cacher partout….

 

 

BERKANA, LA RUNE DU BOULEAU ET DES NOUVEAUX COMMENCEMENTS

 

 

Je ne résiste pas à l’envie d’associer à la fête d’Ostara la merveilleuse rune Berkana, dont le nom signifie littéralement « bouleau ». Le bouleau est un arbre du nord, dont l’écorce blanche en a fait un symbole de lumière, et qui, au printemps, est l’un des premiers arbres à déplier ses petites feuilles vert tendre.

 

Berkana est également associée à la déesse-mère, car la forme de la rune peut évoquer soit des seins, soit une femme enceinte de profil. C’est donc la rune de la fécondité, du nourrissement, de la naissance et de la renaissance, de la lumière et des nouveaux commencements.

Simon H. Lilly, dans son ouvrage The English Runes, décrit ainsi l’énergie portée par Berkana (ma traduction) :

 

Berkana est l’énergie de la gestation et de la créativité

 

   

Berkana est la Mère de tous les êtres

 

Berkana amène lumière et fertilité

 

Berkana allège et prend soin de tout ce qui est délicat

Berkana est un espace protégé

 

Berkana est un lieu de préparation

Berkana est un commencement, et un retour au commencement

Berkana est la fertilité et la santé

Berkana est l’énergie du printemps.

 

LES RITUELS D’OSTARA

Comme mentionné précédemment, les rituels d’Ostara sont encore pratiqués de nos jours lors des fêtes de Pâques : principalement décorer et cacher des oeufs, mettre des images ou des figurines de lapins partout, préparer un repas à base d’oeufs, de tartes de légumes de printemps, de salade de jeunes pousses et de feuilles de pissenlit, d’asperges et de fromage de chèvre ou de brebis (les plus barbares mangent de l’agneau, mais je ne peux pas souscrire à cela …). La tradition ne comporte évidemment pas de chocolat, ce qui est regrettable, mais à ma connaissance les traditions sont des choses vivantes qui tolèrent parfaitement certaines innovations. Ajoutons donc tranquillement les lapins en chocolat et le gâteau appelé “nid de Pâques” (recette sur marmiton.org).

 

NID DE PAQUES

Ingrédients :

150g de chocolat noir
100 g de beurre
2 cs de farine
1 cs de café fort
4 oeufs
100g de sucre en poudre
et pour le décor : petits oeufs en sucre, copeaux de chocolat, vermicelles colorés, etc…

Recette

Préchauffez le four à 180°C (th 6), et beurrrez un moule en forme de couronne.
Dans un saladier, mélangez les jaunes d'oeufs avec le sucre jusqu'à ce que le mélange devienne jaune paille.
Pendant ce temps, faites fondre le chocolat au bain-marie avec le café.
Quand le chocolat est mou, ajoutez le beurre en petits morceaux, laissez fondre, puis mélangez à la fourchette pour obtenir une pâte bien lisse.
Ajoutez ce mélange à la préparation aux oeufs, puis incorporez la farine tamisée.
Battez les blancs en neige bien ferme et incorporez-les délicatement à la préparation.
Versez la pâte dans le moule, jusqu'aux deux tiers de la hauteur. Glissez dans le four et laissez cuire 25 à 30 min.
Surveillez la cuisson, en couvrant le gâteau de papier d'aluminium si le dessus à tendance à dorer un peu trop.
Démoulez sur un plateau et laissez le gâteau refroidir complètement.
Garnissez le centre de petits oeufs et de sujets en sucre colorés.
Servez ainsi, ou accompagnez d'une crème anglaise parfumée au café ou à la vanille.

L’ARBRE

Les Celtes et les peuples du nord avaient une relation sacrée avec les arbres. L’aphabet oghamique celte est un “alphabet des arbres”, et certaines runes, comme Berkana, sont étroitement liées à l’esprit de certains arbres.

lI était fréquent de suspendre des offrandes aux branches de certains arbres sacrés, et la tradition de décorer des branches à l’occasion de Pâques est une survivance de ces anciennes pratiques. On peut donc, en rendant à Ostara ce qui est à Ostara, créer un arbre en son honneur … et le garder jusqu’à Pâques.

On dispose des branches en bourgeons dans un vase et en y suspendant des décorations en forme d’oeufs, de lapins, de poules, etc…. ou alors en décorant de la même manière un arbuste du jardin…

 
 

Je vous souhaite une très joyeuse fête d’Ostara et un beau printemps !!!!!

 
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