LES FETES SAISONNIERES

IMBOLC

La première lumière du printemps

 

 

La fête d’Imbolc, qui a lieu le 1er ou le 2 février se situe entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps et célèbre les tous premiers signes du printemps.

 

 La signification du nom « Imbolc » n’est pas très claire, pour certains ce terme signifie « lustration » ou purification, pour d’autres sa traduction littérale est « dans le ventre ». Ces deux interprétations sont compatibles avec le sens de cette fête saisonnière, qui marque la fin de l’hiver, et donc la nécessité de nettoyer et purifier ce qui est resté enfermé et stagnant pendant la mauvaise saison. Par ailleurs, Imbolc célèbre aussi la période de l’agnelage, et donc de la montée du lait chez les brebis, ceci est confirmé par un autre nom de cette fête, Oimelc, qui signifie « premier lait ».

 

 

BRIGID

Imbolc est la fête de la déesse Brigid, une déesse majeure d’origine irlandaise, qui existe dans tout le monde celtique ; en Gaule elle était connue sous le nom de Brigantia.

Brigid est une déesse à l’énergie puissante, maîtresse du feu et souvent représentée avec une crinière flamboyante : dans son sanctuaire de Kildare, en Irlande, des prêtresses entretenaient une flamme perpétuelle, et Brigid est également la patronne des forges.

 

Brigid est aussi la déesse de la poésie, si importante dans la tradition celtique, et elle était vénérée par les bardes.

Un troisième aspect de Brigid est sa fonction de guérisseuse et accoucheuse, gardienne des sources et des puits sacrés. 

Elle est d’ailleurs souvent représentée sous cette forme triple : Brigid poétesse, Brigid maîtresse des forges et Brigid guérisseuse.

Cette déesse associée au début du printemps incarne le changement et le renouveau c’est pourquoi elle est souvent représentée accompagnée d’un serpent, dont elle peut parfois prendre l’apparence. Elle assure également la fertilité des hommes et des bêtes, et apparaît souvent accompagnée d’un agneau ou d’un veau.

 

Avec l’avènement du christianisme, Brigid s’est glissée sous la chasuble de Sainte Brigitte, qui est encore vénérée de nos jours. La sainte serait née en l’an 453, d’une servante et d’un druide, deux personnes issues des extrêmes de la société de l’époque, tout comme les parents divins de Brigid, Dagda et Morrigane, incarnaient des puissances opposées. Dès sa naissance, Brigitte refusa la nourriture qui lui était proposée et ne s’alimentait que du lait d’une vache blanche aux oreilles rousses, qui est une couleur qui caractérise souvent les êtres féériques dans la mythologie irlandaise. On rapporte qu’en diverses occasions elle est apparue couronnée de flammes, ce qui la rattache aux pouvoirs de l’ancienne déesse, et elle a accompli de nombreux miracles en soignant des malades ou en ramenant des bébés à la vie, tout comme Brigid-Guérisseuse… Sous sa forme christianisée, Sainte Brigitte est passée de déesse des forges et du feu sauvage à sainte patronne du feu domestique, mais elle est tout de même décrite comme une personne hors-normes et extrêmement déterminée … Brigid not dead !

Une légende explique l’un des rituels qui accompagnent Imbolc : Sainte Brigitte souhaitait obtenir un terrain -marqué par un très ancien chêne druidique- pour construire son abbaye, elle s’adressa au propriétaire, le roi de Leinster, qui le lui refusa. Brigitte demanda alors :  « Puis-je obtenir le terrain que je couvrirai avec ma cape ? » Le roi accepta en riant, et quatre des novices de Sainte Brigitte déployèrent la cape, qui s’étira miraculeusement jusqu’à couvrir la surface nécessaire à l’édification de l’abbaye. Devant ce miracle, le roi tomba à genoux et concéda à la sainte ce qu’elle avait demandé. Le rituel associé à cette légende est que les écharpes ou les châles laissés dehors pendant la nuit du 1et au 2 février acquièrent un pouvoir de protection spécial ….

 

« En tant que déesse du feu domestique, du feu de la forge et du feu de la création, ou Imbas, Brigid est la déesse de l’action, de la persuasion, de la direction et de la concentration. Elle est Brigid, Sainte Brigitte, Bride, Brigantia, Mary des Gaels, ses noms se multiplient avec les années. Son influence agit sur toutes choses, et on peut sentir sa présence dans le calme de la nef des églises, dans la tension des salles d’accouchement, dans les chants des bardes et dans les tâches quotidiennes. Elle est partout, dans chaque rai de lumière et dans chaque respiration du monde, rayonnante, forte et fière. Elle nous encourage à vivre vaillamment et sans regrets, retroussant nos manches et allant droit au but. Comme elle l’a toujours fait, et comme elle continuera à le faire ».

Michelle Skye, « Goddess alive ! », Llewellyn Publications

  (ma traduction)

 

LES LUMIERES D’IMBOLC

Imbolc célèbre le moment où le retour de la lumière amorcé au moment du solstice devient visible. Les grands feux qui accompagnent cette fête sont destinés à réchauffer et à réveiller la terre. En Suisse romande, on fête les brandons àla fin de l’hiver, et dans deux communes du canton de Genève, Certoux et Cartigny, cette tradition celtique se poursuit sous la forme de la cérémonie des « Failles », qui consiste à brûler des perches entourées de paille, de sarments et de roseaux dès l’apparition de la première étoile, le soir du premier dimanche de carême.

Les Failles de Cartigny

 

C’est aussi la fête des bougies, qui a survécu dans le monde chrétien sous le nom de Chandeleur en France et de Candlemas dans les pays anglo-saxons. A la Chandeleur, on allume des bougies, blanches de préférence, et on mange traditionnellement des crêpes, donc la forme et la couleur évoquent le retour du soleil. On boit aussi du lait, qui par le passé commençait à être à nouveau disponible.

 

 

LES RITUELS D’IMBOLC

1.   Allumer des bougies

En lieu et place des grands feux de joie, la flamme des bougies célèbre la lumière, la force de Brigid qui réveille la vie au terme de l’hiver. On peut placer des bougies blanches sur un petit autel, avec du romarin et une coupe de lait, ou en garnir le bord des fenêtres pour faire entrer la lumière.

 

2.   Planter des graines

Planter des graines diverses dans des petits pots, ou effectuer des semis en intérieur.
Les graines peuvent également être métaphoriques : on réfléchit aux projets, aux actions qu’on aimerait entreprendre au cours de l’année à venir.

 

3.   Nettoyer et purifier son environnement

 

L’une des significations d’Imbolc est « lustration », purification. Ce rituel est essentiel au sortir de l’hiver : on nettoie, on débarrasse les choses anciennes afin de préparer la place pour l’énergie nouvelle du printemps. Toutes les périodes de transition saisonnière invitent à la clarification, mais la lumière renaissante révèle particulièrement la poussière et les encombrements.

J’ai trouvé un joli petit texte sur la préparation à Imbolc (ma traduction) :

Prenez le concept de renouveau au sérieux.

Débarrassez-vous d’une vieille chose pour faire de la place à une nouvelle.
Mais choisissez bien : les sentiments qui doivent en résulter sont le soulagement et la fraîcheur, non le deuil et les regrets.
Alors prenez le temps de réfléchir à ce qui n’a vraiment plus de valeur pour vous.

 

C’est le moment du grand ménage de printemps, même si selon notre calendrier actuel il est encore loin. Les fêtes saisonnières celtiques, tout comme le cycle des saisons de la tradition chinoise, placent les changements de saison beaucoup plus tôt, c’est-à-dire dès l’apparition des premiers signes du changement. On peut d’ailleurs remarquer que le Nouvel-An chinois se situe entre le 20 janvier et le 21 février, selon les années, soit dans la même période qu’Imbolc.

Une fois le nettoyage effectué, on peut encore faire un « saining », une purification en brûlant du romarin, de la sauge ou de l’encens.

 

4.   Réaliser une Croix ou une poupée de Brigid

À l’époque des Celtes, à l’image de Brigid, « on fabriquait des poupées appelées brìdeag, faites des restants de paille de blé, que l’on décorait de cailloux, cristaux colorés, premières fleurs printanières et parfois de coquillages. On attachait une importance particulière à l’élément que l’on posait à l’emplacement du cœur sur la poupée, car il devait briller pour symboliser le retour de la vie. » 
Marie-Anne Todeschini « Rituels de femmes pour célébrer la roue des druidesses », , éd. Le Courrier du Livre, 2023.

 

La « Croix de Brigid », qu’on peut réaliser en jonc, en paille ou en papier, est également un symbole très ancien, encore en usage aujourd’hui. On suspend cette croix sur la porte de la maison pour protéger le foyer. On peut la laisser en place jusqu’à l’année suivante, et la brûler avant de la remplacer.

Pour un tutoriel (en anglais, mais bon, il suffit de regarder …) : https://www.youtube.com/watch?v=1SjsAPLx0jg

 

5.   Cuisiner un plat à base de lait, ou confectionner un « pain bannock »

Le pain bannock, ou bannique est confectionné traditionnellement en Irlande, en Ecosse et dans le nord de l’Angleterre pour célébrer Imbolc. Il symbolise le soleil, le cycle des saisons et l’abondance de la terre. Au début du mois de février, les réserves étaient souvent presque épuisées, et ce pain très économique permet d’économiser la farine. Voici la recette de Danielle Prohom Olson :

 

 Ingrédients :

  • 1 tasse de flocons d’avoine

  • 1 tasse de farine d’avoine

  • ¼ de cuillère à café de sel

  • 6 cuillères à soupe de beurre réfrigéré

  • ½ tasse de crème ou de lait (plus une cuillère à soupe supplémentaire pour le « glaçage »)

  • 2 cuillères à soupe de romarin frais finement ciselé (ou 1 c.s. séché)

  • 1 cuillère à café de zeste d’orange

  • 1 cuillère à soupe de sucre (et une autre cuillère à soupe pour saupoudrer)

  • 1 jaune d’œuf

Méthode:

Préchauffer le four à 200°. Graisser une plaque à pâtisserie.

Mettre les flocons d’avoine, la farine, le sel, le sucre, le romarin et le zeste d’orange dans un saladier, mélanger à la fourchette. Ajouter le beurre froid en morceaux, incorporer la crème ou le lait jusqu’à ce que la farine l’ait absorbé(e), former une boule.

Placer la boule sur une surface légèrement saupoudrée de farine d’avoine. Pétrir jusqu’à ce que la pâte soit lisse (mais pas trop longtemps).

Diviser la pâte en deux et abaisser chaque moitié en un cercle d’environ 6mm d’épaisseur.

Dans un bol, mélanger vigoureusement le jaune d’œuf avec une cuillère à soupe de crème, puis badigeonner ce mélange sur le dessus du bannock, saupoudrer de sucre.

Couper chaque cercle en 4 quartiers et disposez-les en laissant un peu d’espace entre eux sur la plaque.

Enfourner environ 20 min, jusqu’à ce que les pain soit doré et croustillant sur les bords.

 

En résumé, Imbolc invite à :

PURIFIER :  nettoyez les énergies tagnantes de l’hiver avec l’énergie lumineuse de Brigid

ECLAIRER : invitez les premières lumières du printemps à entrer dans votre maison et dans vos yeux

RECHAUFFER : le soleil revient, mais il fait encore froid, couvrez-vous bien et buvez chaud.

NOURRIR : toutes les nouvelles choses plantées, concrètement ou métaphoriquement, ont besoin d’être nourries et soignées pendant qu’elles sont encore fragiles …

À vos balais, petits fagots de sauge ou de romarin, bougies, douces couvertures et crêpes au sucre !
Et encore un peu de patience, la nature est en train de se réveiller …..

 
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